
Avec Les envoûtés, l'écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904-1969) fait une incursion réussie dans le domaine du fantastique. Paru en feuilleton simultanément dans deux quotidiens polonais au cours de l'année 1939, ce roman fut interrompu par la guerre. Les trois derniers chapitres, longtemps perdus, ne furent retrouvés qu'en 1986.
Une pension de famille tenue par une aristocrate ruinée, Mme Okholowska, a dans son voisinage un inquiétant château où vit le vieux prince Holchanski, rongé par la démence, avec son valet et son secrétaire Kholawitski. Ce dernier tente de s'emparer de l'héritage du prince et des nombreuses oeuvres d'art accumulées dans le château. Mais une force démoniaque hante la bâtisse et va contrecarrer ses projets... A cette intrigue alléchante se juxtapose l'étrange relation amour-haine qui se noue entre Maya Okholowska, la fiancée de Kholawitski, et Walczak, jeune homme d'origine modeste mais plein d'ambition qui utilise ses talents de tennisman pour se faire une place dans le monde.
Bien que les poncifs ne soient pas absents du roman (château sinistre noyé dans la brume, souterrains, esprits maléfiques, personnages possédés...), une atmosphère très angoissante s'instaure au fil des pages, et le sombre château de Myslotch s'impose très vite comme le personnage principal du livre. Il est hanté par une présence surnaturelle qui se concentre dans une pièce, la Vieille cuisine, et plus particulièrement dans un objet a priori banal qui devient source d'horreur : une serviette (c'est difficile à croire, mais les passages avec la serviette font réellement très peur!).
Parallèlement se développe la relation troublante, faite d'attirance et de répulsion, de Maya, la jeune aristocrate, et de Walczak, le professeur de tennis. Les deux jeunes gens, qui se rencontrent pour la première fois au début du livre, se ressemblent en effet de façon frappante, tant physiquement que moralement. Cette incompréhensible ressemblance leur inspire une grande crainte car chacun considère l'autre comme son double maléfique.
Bien entendu, la destinée de Maya et Walczak est liée à la fameuse serviette, et tout s'éclaire dans les derniers chapitres où sont révélés de lourds secrets de famille. On regrettera toutefois le dénouement un peu trop rationnel par rapport au reste du roman. Personnellement, je suis restée sur ma faim, je m'attendais à quelque chose de plus terrifiant.
Si le roman souffre de quelques longueurs et s'essouffle parfois, son climat angoissant et la diversité des thèmes qu'il aborde (l'Identité, à travers les personnages de Maya et Walczak, les ravages de l'ambition sociale, la décadence de la noblesse polonaise etc.) justifient sa lecture.
Note : 8/10




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