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Jeudi 27 septembre 2007
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Rue de la Doulce-Belette à Paris emménagent le même jour dans deux immeubles en vis-à-vis Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, et Eugène Fluche, peintre sur coquille d’oeufs. Très vite, les deux hommes se soupçonnent mutuellement de s’espionner. Le malaise s’installe, alimenté par les comportements délirants de voisins plus ou moins psychotiques. Malaise qui se transforme en paranoïa lorsqu’un meurtre, puis un deuxième, se produisent rue de la Doulce-Belette. Mais qui se cache derrière ces événements ?

Excellente surprise que ce roman tordant et extrêmement bien ficelé qui m’a été attribué lors du tirage au sort du pique-nique de la blogoboule (merci à Chiffonnette).
Avec un humour décapant, l'auteur nous plonge dès les premières pages dans une intrigue farfelue à souhait : les habitants de deux immeubles s'épient derrière leurs carreaux et passent leur temps à se faire des coups tordus. Les situations les plus invraisemblables s’enchaînent à vitesse grand V, les quiproquos se multiplient, la folie guette à chaque palier, et on a le sourire aux lèvres du début à la fin, quand on ne rit pas franchement à la lecture de certains passages hilarants. L’humour absurde que manie avec virtuosité J. M. Erre m’a d’ailleurs rappelé celui de Tom Sharpe (un gage de qualité !).
 
Il faut dire que le roman est servi par une belle brochette de personnages loufoques. Difficile de savoir qui est le plus cinglé, entre la concierge, la veuve vindicative, le cinéaste déjanté, l’auteur de romans érotiques, le passionné de petits rongeurs, et la kyrielle d'autres protagonistes hauts en couleur et guère plus sains d’esprit, tous très bien croqués.

L’intrigue, qui lorgne vers le roman policier, tient en haleine : elle est menée de main de maître jusqu’au final inattendu. Je craignais un dénouement qui ne soit pas à la hauteur du reste du roman, à tort puisqu’il est crédible et a le mérite de ne pas laisser le lecteur sur sa faim. L’épilogue donne une explication logique à l’histoire (ce qui n’était pas évident !) tout en introduisant une réflexion originale sur le processus de création.

A la fois machiavélique et désopilant, Prenez soin du chien procure un grand moment de plaisir (et accessoirement dégoûte à vie de la copropriété). A lire ce genre de roman, je vais finir par me réconcilier complètement avec les écrivains français. En espérant que J.M. Erre nous gratifie très bientôt d’un autre récit de ce niveau !

En résumé, un roman brillant fortement conseillé en cas de déprime !

Prenez soin du chien fait l’unanimité : voir les avis enthousiastes de Chiffonnette, Clarabel, Choupynette, Flo, Anne, Loutarwen, Clochette, Cathulu et Papillon.

Note : 9/10

 

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Mercredi 29 août 2007
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L'éducation d'une fée
s’ouvre sur un double coup de foudre. Nicolas Rockel, inventeur de jouets, tombe amoureux dans un bus Air France de deux personnes : la première, prénommée Ingrid, est ornithologue et veuve d'un militaire, la seconde est son fils Raoul, petit bonhomme brun à lunettes. Nicolas et Ingrid se marient et vivent heureux avec Raoul pendant quatre ans, jusqu'au jour où Ingrid annonce à Nicolas qu'elle veut le quitter. Complètement perdu, Nicolas trompe son angoisse en achetant au supermarché des produits inutiles pour surprendre César, une jeune caissière Irakienne qui l’intrigue Celle-ci va incarner la fée qu'attend le petit Raoul pour l'aider à ressouder sa famille brisée...


J’émerge brièvement de ma torpeur estivale pour parler de ce roman que m’a prêté Stéphanie, grande admiratrice de Didier van Cauwelaert. L’éducation d’une fée est beaucoup moins guimauve que le résumé ne pourrait le faire craindre. Bien que le point de départ (un couple qui s’aime puis se sépare) ne soit pas d’une originalité époustouflante, il se dégage de l’histoire un certain charme et la lecture en est plutôt agréable.

Les chapitres alternent le récit de Nicolas Rockel et celui de César. La grande force du roman réside dans ces deux personnages, attachants et plein d’humanité. Nicolas tout d’abord, l’homme qui a gardé une âme d’enfant et croit au pouvoir du rêve et du merveilleux. Sa lutte pour sauver son couple est émouvante, même si ses états d’âme m’ont un peu lassée à la longue (sans parler de ceux d’Ingrid, personnage que j’ai trouvé assez antipathique et dont je n’ai pas compris grand-chose à la psychologie tordue). Ma préférence va nettement à César, la jeune kurde Irakienne qui a fui son pays, a cru trouver en France sa Terre promise et est tombée de haut. César a écrit un mémoire sur André Gide et attend une hypothétique inscription à la Sorbonne, mais pour l'heure elle vit dans une banlieue sinistre, subit le harcèlement de son chef au supermarché et le fliquage des copains beurs de son petit ami en prison. Cette jeune femme déracinée m’a beaucoup touchée : elle a subi des horreurs mais s’accroche à ses rêves et fait face à l’adversité avec une grande dignité.

César et Nicolas, ce sont deux solitudes qui vont s’entraider pour surmonter leurs difficultés par le biais du petit Raoul, si attaché à l’amour de ses parents qu’il décide de faire appel aux fées pour les réconcilier. Une jolie histoire donc, même si j’ai été surprise que l’interaction entre César et Raoul, censée être le pivot du livre (ou alors le titre est mal choisi), survienne si tardivement dans le roman. La fin m’a paru un peu rapide, car tout se règle en deux coups de cuillère à pot dans les derniers chapitres. Le rôle de la « fée » aurait pu être plus développé.

Bien meilleur qu’Attirances (comme quoi il ne faut pas toujours rester sur une mauvaise impression), L’éducation d’une fée est un roman empreint de tendresse, de fraîcheur et de poésie, une sorte de conte de fées moderne. Je ne le classerais pas dans mes romans cultes, mais il permet de passer un bon moment et incite à l’optimisme ! Et le personnage de César vaut à lui seul le détour.

A noter que L’éducation d’une fée a été adapté au cinéma avec Irène Jacob dans le rôle d’Ingrid. Le film n’est pas encore sorti en France (voir ici).

Voir les avis de Stéphanie (fan de Raoul), de Fashion victim (fan de César) et de Caro[line] (fan de personne, sauf de David F. bien sûr).

Note : 8/10
par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Lundi 16 juillet 2007
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« Aucun journal, aucune agence de presse, aucune historiographie n'a jamais mentionné la guerre mondiale du ghetto de San Li Tun, qui dura de 1972 à 1975. C'est à la faveur de cette barbarie que j'ai compris une vérité immense : grâce à l'ennemi, ce sinistre accident qu'est la vie devient une épopée. La mienne serait grandiose : les généraux de l'armée des Alliés m'avaient nommée éclaireur. Sans l'arrivée d'Elena, je serais restée invulnérable jusqu'au bout. Je l'ai aimée dès la première seconde. Elle fut ma belle Hélène, ma guerre de Troie, mon sabotage amoureux. J'ai tout vécu pendant ces trois années : l'héroïsme, la gloire, la traîtrise, l'amour, l'indifférence, la souffrance, l'humiliation. C'était en Chine, j'avais 7 ans. »


Après avoir relaté les premières années de sa vie au Japon dans Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb nous raconte son enfance dans la Chine communiste où son père a été muté. Elle a sept ans et vit à Pékin dans le ghetto de San Li Tun réservé aux diplomates. Deux événements rythment sa vie : la guerre sans pitié qui oppose les enfants des expatriés occidentaux à ceux des pays communistes, allemands de l'Est en tête, et son amour à sens unique pour une camarade d’école, Elena, qui se montre odieuse avec elle.


Paru en 1993, Le sabotage amoureux est le second roman publié par Amélie Nothomb, et le premier d’inspiration autobiographique. La petite Amélie est une enfant malicieuse et très attachante. Avec beaucoup d’humour et de justesse, elle décrit son environnement quotidien : la Chine communiste, la vie dans le ghetto chinois, la réplique de guerre froide que se livrent les enfants (attention, ils ne se font pas de cadeaux, et les détails des tortures qu’ils s’infligent sont parfois peu ragoûtants !), sa découverte de l’amour et des souffrances qui en découlent. Ses réflexions sont parfois naïves (elle croit qu’un pays communiste est un pays où il y a des ventilateurs !), parfois touchantes, et le plus souvent très drôles.

Comme toujours, le style est percutant : les phrases sont courtes, à l’image du roman (un peu plus d’une centaine de pages), mais Amélie Nothomb possède le sens de la formule et tout est dit en quelques mots.

En conclusion, Le sabotage amoureux est un roman imaginatif et rafraîchissant qui se déguste comme un bonbon.

Note : 8,5/10 
par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Mercredi 23 mai 2007


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A la demande de Jos, voici le texte poétique qui m'a le plus marquée : "L'horloge" de Baudelaire. Je ne suis pas férue de poèmes, mais je trouve celui-ci magnifique et glaçant. Je le connais pratiquement par coeur.  

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;


Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.


Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !


Remember ! Souviens-toi ! Prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !


Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi,
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
La gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide,


Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche ! il est trop tard !

                     Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)

Je passe le relais à tous ceux qui apprécient la poésie !

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Mercredi 2 mai 2007

Me voilà de retour de Bretagne où j'ai passé un excellent week-end prolongé. Je ne me suis pas totalement éloignée des livres toutefois puisque j'ai eu l'occasion de visiter le château de Combourg, où François-René de Chateaubriand a passé une partie de son enfance et de son adolescence et qu'il a immortalisé dans ses célèbres Mémoires d'outre-tombe.

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J'avoue que je ne suis pas une grande admiratrice de Chateaubriand. En fait, je n'ai lu de lui que René, un roman que j'ai trouvé passablement ennuyeux. Mais dans la mesure où il est l'une des grandes figures de la littérature française en tant que précurseur du mouvement romantique, sa vie ne peut que susciter l'intérêt. L'écrivain était un homme mélancolique, ce qui n'est guère surprenant quand on voit le cadre dans lequel il a grandi. Car le château féodal de Combourg, construit entre les XIIIe et XVe siècles, est très beau, mais sinistre. Coincé entre un père distant et une mère dévote qui passait son temps à prier dans la chapelle, Chateaubriand ne menait pas une existence très joyeuse dans cette forteresse battue par les pluies et les vents. D'autant que Combourg était supposé être hanté par le Fantôme à la Jambe de bois, le défunt marquis de Coëtquen, ancien propriétaire du château. Monsieur de Coëtquen reparaissait ainsi dans les escaliers des donjons et on pouvait entendre le bruit de son pilon de bois frappant les marches de pierre. Il arrivait également que la Jambe de bois se promène toute seule dans la forteresse, parfois accompagnée d'un chat noir. Bref, une atmosphère très effrayante pour un jeune garçon ! 

La décoration du château a été entièrement refaite dans la 2ème moitié du XIXe siècle, et ce n'est donc pas celle que Chateaubriand a connue, mais on peut voir son lit de mort et divers objets lui ayant appartenu. Et Combourg mérite d'être visité, car avec ses étangs, ses bois et ses prairies, il inspira à l'écrivain ses premières pensées romantiques (« C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis », écrira-t-il).

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Après Combourg, escale à Saint-Malo. Sur l'îlot du Grand-Bé se trouve face à la mer la tombe de Chateaubriand (encore lui). Le lieu est vraiment magnifique, je vous conseille la promenade si vous avez l'occasion d'aller en Bretagne.

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Je laisse le mot de la fin à Chateaubriand avec cet extrait de la préface testamentaire des Mémoires d'outre-tombe. La dernière phrase est sublime et vaut à elle seule la lecture du passage.

"Quand la mort baissera la toile entre moi et le monde, on trouvera que mon drame se divise en trois actes... Dans mes trois carrières successives, je me suis toujours proposé une grand tâche : voyageur, j'ai aspiré à la découverte du monde polaire ; littérateur, j'ai essayé de rétablir la religion sur ses ruines ; homme d'Etat, je me suis efforcé de donner aux peuples le vrai système monarchique représentatif avec ses diverses libertés. Des auteurs modernes français de ma date, je suis quasi le seul dont la vie ressemble à ses ouvrages : voyageur, soldat, poète, publiciste, c'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint la mer, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées que j'ai étudié les princes, la politique, les lois et l'histoire... Si j'ai assez souffert dans ce monde pour être dans l'autre une Ombre heureuse, un peu de lumière des Champs-Elysées, venant éclairer mon dernier tableau, servira à rendre moins saillants les défauts du peintre : la vie me sied mal ; la mort m'ira peut-être mieux."

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Mercredi 25 avril 2007



Sur une île au large de Cherbourg vivent en reclus un vieillard, le capitaine O. Loncours, et une jeune fille, Hazel. De leur manoir sont bannis tous les objets réfléchissants, des petites cuillères aux miroirs, car Hazel, défigurée par un bombardement, ne doit absolument pas voir son reflet. Une infirmière, Françoise, arrive sur l'île pour s'occuper de la jeune fille. Elle ne tarde pas à découvrir qu'un mystère plane sur les lieux et que le capitaine Loncours garde un bien étrange secret qu'il est prêt à tout pour protéger... 

En général, je préfère les romans d'Amélie Nothomb inspirés de sa vie, mais Mercure est l'exception qui confirme la règle. On y retrouve le style incisif et percutant de l'auteur (le livre n'est pas très gros, mais Amélie Nothomb a le don de tout dire en quelques phrases) et certaines de ses obsessions : le culte de la beauté, ou encore l'amour passionnel, avec ce qu'il peut avoir de malsain et de tragique lorsqu'il sert de justification aux pires impostures.

Car Mercure est avant tout le récit de l'histoire d'amour démoniaque qui lie un vieillard à la jeune fille qu'il séquestre dans son manoir. L'intrigue est particulièrement retorse, et on va de surprise en surprise. Machiavélique, cruel, et en même temps empreint de romantisme, Mercure surprend le lecteur jusqu'au point final. 
Dans ce huit-clos pervers, les passions sont exacerbées, mais les dialogues enlevés et l'humour noir de l'auteur évitent de rendre le roman étouffant.

J'émettrai une seule petite critique à propos de Mercure : la double fin. Amélie Nothomb n'ayant pas réussi à se décider sur le dénouement à apporter à son livre, elle a choisi de nous offrir deux fins différentes. Personnellement, je trouve le procédé un peu facile. Quitte à écrire une histoire, autant le faire jusqu'au bout.

Que cela ne vous empêche pas toutefois de découvrir ce très bon cru d'Amélie Nothomb. D'ailleurs, pour achever de vous convaincre, vous pouvez aller consulter la critique de Mme Patch.

Note : 8,5/10

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Lundi 9 avril 2007


Avec la sortie du film "Ensemble, c'est tout", on a beaucoup parlé du roman éponyme d'Anna Gavalda dont il était tiré. J'ai donc profité de mes vacances pour me plonger dans ce pavé de 600 pages (écrites il est vrai en gros caractères et avec beaucoup d'espaces). Je dois dire que j'ai entamé ma lecture sans grande conviction, le sujet me paraissant assez gnangnan ("Une histoire d'amour entre quatre éclopés de la vie. Camille, Franck, Philibert et Paulette. Des bons à rien, des cabossés, des cœurs purs. Quatre allumettes placées ensemble au-dessus d'une flamme. Et, pfiou… Tout s'embrase." dixit l'auteur). Le succès du livre n'était pas de nature à me rassurer, bien au contraire, mais je voulais me faire ma propre opinion sur ce phénomène littéraire.

Franchement, j'ai trouvé les 100 premières pages épouvantables. Le style d'Anna Gavalda m'a tout de suite rebutée, surtout sa manière de mélanger les temps sans souci de la concordance (exemple : "Les filles n'aiment pas cet étage parce que c'était celui des chefs et des bureaux fermés"; vous allez dire que je coupe les cheveux en quatre, mais l'utilisation du passé et du présent dans la même phrase me hérisse). Et cette manie de coller des points de suspension partout ! Bref, le début a été laborieux et j'ai bien failli abandonner.

Et puis, petit à petit, je suis rentrée dans l'histoire et me suis attachée aux personnages : Philibert l'aristocrate bègue et bourré de TOC, Camille l'artiste anorexique, Franck le cuisinier rustaud et sa grand-mère Paulette qui a peur de mourir loin de chez elle. Des personnages fragiles et vulnérables au début du livre, qui peu à peu, en se soutenant mutuellement, vont parvenir à reprendre le contrôle de leur vie et à accéder au bonheur. Le roman se clôt d'ailleurs sur un happy end qui fait chaud au coeur.

Si le roman est d'une lucidité parfois crue (pas de chichis, les problèmes sont évoqués sans fard), il est aussi plein de sensibilité et de tendresse. Je n'ai pas été éblouie, mais il m'a quand même fait passer un très bon moment, et je dois reconnaître qu'il s'en dégage un charme certain auquel il est difficile de résister.

Manifestement, la plupart des gens qui ont lu Ensemble, c'est tout l'ont adoré. Est-ce votre cas ?

Note : 8,5/10
  

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Mercredi 21 mars 2007


Adolescent attardé et frustré, Julien, le narrateur, est recruté comme stagiaire bénévole au sein d'une organisation écologique, "La Foulée verte", dirigée par le charismatique Ulis. Tout va pour le mieux jusqu'au jour
où une autre organisation humanitaire, "Enfance et vaccin", s'installe dans le même immeuble. Les provocations mesquines se multiplient de part et d'autre, et c'est une guerre sans merci qui finit par éclater entre les deux ONG, tous les coups étant permis pour détruire l'adversaire...

Voilà un roman original et sacrément cynique. Avec un humour acide, Iegor Gran dissèque la délirante confrontation entre deux ONG dans un immeuble de province. Ce qui est hilarant et fait tout le sel du livre, c'est le décalage entre leurs belles paroles et leurs actes de plus en plus ignobles.
Les deux organisations rivalisent en effet de bons sentiments et d'idéaux, mais chacune est prête à tous les coups tordus sous le prétexte de défendre sa "Cause", humanitaire pour les uns, écologique pour les autres. Ces défenseurs de la vertu, gonflés de leur importance et persuadés d'être indispensables, vont révéler leur véritable visage, et ce n'est pas joli à voir. La haine éclate, les pires pulsions humaines se réveillent, la guerre est totale et il n'y a pas de quartiers. C'est peut-être d'ailleurs le reproche qu'on peut faire au roman : les personnages et les situations sont parfois tellement outrés qu'on frôle la caricature.

Malgré tout, l'impertinence et l'humour décapant d'O.N.G.! en font un roman qui se lit avec plaisir, d'autant que sous la farce se dissimulent des questions plus sérieuses. Les personnages qui se disputent le monopole de la bonne conscience et se servent de leurs idéaux pour excuser leurs dérapages et leur soif de pouvoir donnent en effet à réfléchir.

Un bon roman, donc, intelligent et férocement drôle. Si vous n'aimez pas le cynisme, passez votre chemin !

Note : 8/10

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Dimanche 11 mars 2007

                                                       

 

Hommage à Henri Troyat, récemment décédé, avec cet article consacré à l'une de ses plus célèbres sagas, Les Eygletière, composée de trois volumes (Les Eygletière, La faim des lionceaux et La malandre).

Philippe Eygletière, riche avocat d'affaires, réside à Paris avec ses trois enfants et sa seconde femme, la très belle Carole, qui n'a que dix ans de plus que l'aîné de ses fils. La vie de la famille Eygletière respire le calme et la respectabilité, et cependant des fissures vont apparaître dans ce bel édifice, faisant voler en éclats les tabous de la morale bourgeoise. 

Dans Les Eygletière, Henri Troyat dissèque les secrets plus ou moins avouables d'une famille en apparence banale, et nous offre par la même occasion une galerie de portraits criants de vérité. Les personnages, en proie à des passions violentes, sont prisonniers de l'hypocrisie qui cimente la société. Ils aiment, doutent, détestent, se débattent pour tracer leur propre chemin dans la vie et s'extraire des contraintes qui les étouffent. Cette lutte ne va pas sans souffrances et se terminera tragiquement pour certains des protagonistes.

Cette chronique familiale empreinte de réalisme, parfois audacieuse lorsqu'elle aborde certains thèmes délicats, souvent poignante, ne peut laisser indifférent. Pour ma part, je l'ai lue il y a douze ans et je m'en rappelle encore très bien.

On retrouve en effet dans Les Eygletière tout ce qui fait qu'on aime Henri Troyat : une langue claire, un style limpide, des personnages crédibles et marquants, la capacité à décrire sans fioritures toute la palette des sentiments. Bref, de l'humanité.

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Dimanche 25 février 2007


Caroline, jeune romancière française en panne d'inspiration, part tenter sa chance comme scénariste à Los Angeles. 
Pour vendre son script à un producteur, elle devra apprendre la technique hollywoodienne du "pitch", celle-ci consistant à présenter une histoire de la façon la plus alléchante possible en dix minutes grand maximum.

Pitch
est typiquement le genre de roman que j'ouvre sans
en attendre rien de spécial et qui se révèle être une très agréable surprise. Bien que le style n'ait rien de transcendant et que les personnages ne brillent pas par leur originalité, les aventures de Caroline en Amérique se lisent avec beaucoup de plaisir. D'abord parce qu'elles sont drôles : le choc culturel que subit l'héroine française à Los Angeles et ses tribulations dans le monde cynique et faussement glamour d'Hollywood sont relatées avec une bonne dose d'humour. Ensuite parce qu'elles sont très instructives. Lorsque vous aurez fini de lire Pitch, la fabrication d'un scénario n'aura plus de secrets pour vous. Le roman dévoile en effet les techniques régissant l'élaboration d'un film, de l'"aftermath", scène qui permet aux spectateurs de reprendre pied après un passage bouleversant, à la "satisfying ending", fin satisfaisante pour la majorité du public, en passant par la technique de l'arc, qui permet de donner vie aux personnages lors de l'écriture du film, et bien sûr le fameux pitch dont tout le reste découle. Si vous aimez le cinéma et souhaitez en découvrir les coulisses, Pitch vous passionnera.

Au final, Pitch est un roman sympathique et documenté qui m'a fait passer un excellent moment.
Voilà d'ailleurs un petit extrait pour vous mettre en appétit : "L'élément le plus important, je dirai, c'est d'avoir le téléphone. Et de téléphoner, tout le temps. Rencontrer autant de gens qu'on peut. Si vous êtes une fille, bien sûr, tout le monde essaiera de vous sauter. Si vous êtes un mec, tout le monde essaiera aussi de vous sauter. Vous vous ferez avoir continuellement, mais c'est normal, tout le monde en passe par là. Hollywood, c'est une question de contacts et d'endurance. Il faut avoir une confiance en soi à toute épreuve, et un instinct de survie animal. Il y a des règles, des trucs. Mais globalement, tout repose sur le baratin et sur la frime. On ne vous demande pas d'avoir des idées ou du talent - tout le monde en a dans cette ville. Ce qu'on vous demande, c'est d'être capable de convaincre n'importe qui que vous êtes le type le plus génial de votre génération, et que votre scénario, il va rapporter des centaines de millions de dollars."

Note : 8/10

par Caroline publié dans : Littérature francophone
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Auteurs de A à Z

ALCOTT, Louisa May : Derrière le masque
ALI, Monica : Sept mers et treize rivières
ALLENDE, Isabel : Le royaume du dragon d'or

ATKINSON, Kate :
- Dans les replis du temps
- Sous l'aile du bizarre
- La souris bleue
- Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux
ATWOOD, Margaret : Captive

AUSTER, Paul : Mr. Vertigo

BARJAVEL, René : La nuit des temps
BERNARD, Tristan : citations 
BLIXEN, Karen : La ferme africaine

BONGRAND, Caroline : Pitch

BRADDON, Mary Elizabeth : Henry Dunbar

CHILDRESS, Mark : La tête dans le carton à chapeaux

CLARKE, Stephen : God save la France

COE, Jonathan : Testament à l'anglaise
COLLINS, Warwick : Fuckwoman

COLLINS, Wilkie : 
- Basil
- La dame en blanc 
- La Pierre de lune

CORLETT, William : Deux garçons bien sous tous rapports
DAHL, Roald : Kiss Kiss

DUCHATEAU, André-Paul :
- Les chemins de lune
- Le voleur d'âmes
ELLIS, Bret Easton : 
- Moins que zéro
- Lunar Park

ERRE, J.M. : Prenez soin du chien
FFORDE, Jasper : L'affaire Jane Eyre
GARCIA MARQUEZ, Gabriel : Journal d'un enlèvement
GAVALDA, Anna : Ensemble, c'est tout

GOMBROWICZ, Witold : Les envoûtés

GRAN, Iegor : O.N.G.!

HARRIS, Robert : Fatherland

HAYDER, Mo : Tokyo
HORNBY, Nick : Haute fidélité

JAMES, Henry : Washington Square

KENNEDY, Douglas : 
- Cul-de-sac
- Une relation dangereuse
- La femme du Ve

KOBO, Abé : La femme des sables 
LANG, Fritz : Les Araignées 
LEE, Harper : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

McCANN, Colum : Danseur

McEWAN, Ian : Délire d'amour
MEYER, Stephenie : Fascination
NEMIROVSKY, Irène : Ida
NOTHOMB, Amélie :
- Le sabotage amoureux
-
Mercure
- Métaphysique des tubes
OATES, Joyce Carol : Les Chutes

PEREZ-REVERTE, Arturo : Le capitaine Alatriste

PERRY, Anne : Un étranger dans le miroir

PROULX, Annie : Brokeback mountain
ROWLING, J.K. : Harry Potter et les Reliques de la Mort
RUIZ ZAFON, Carlos : L'Ombre du vent
SAGAN, Françoise : Les faux-fuyants

SEBOLD, Alice : La nostalgie de l'ange

SINOUE, Gilbert : Le Livre de saphir

STACE, Wesley : L'infortunée

SUZUKI, Koji : Ring

TROYAT, Henri : Les Eygletière

URASAWA, Naoki : Monster

VAN CAUWELAERT, Didier : 
- Attirances
- L'éducation d'une fée
VIAN, Boris : J'irai cracher sur vos tombes

WEISBERGER, Lauren : Le Diable s'habille en Prada 
WHARTON, Edith :
- Xingu
- Le Temps de l'innocence
WILSON, Francis Paul : La forteresse noire

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